Une Résistante s’en est allée. Dans la nuit du 4 au 5 janvier 2025, Renée-Lise Rothiot, 70 ans, a décidé de partir. Comme l’a expliqué sa famille dans un texte touchant, « nourrie par l’esprit de service public, fortement engagée au service d’un monde meilleur, fraternel, tolérant, elle s’est illustrée comme une militante acharnée des luttes sociales et écologistes. ( …) Révoltée, meurtrie, immensément triste et désabusée, elle a choisi de quitter la vie qui lui était devenue insoutenable d’injustice et de folie ».
Les Vosges ont soif mais Nestlé pompe l’eau
A l’origine soignante de terrain, engagée au Maroc, à Fès, puis en Guadeloupe, à l’hôpital de Pointe-Noire, Renée-Lise a ensuite consacré sa carrière à l’Assurance maladie, en tant que médecin de santé publique, à Lille, Bordeaux, Orléans et Paris.
Une fois l’heure de la retraite ayant sonné, elle s’installe en 2015 avec son compagnon, Bernard Schmitt, médecin hospitalier, dans les Vosges. Ils sont alors bien décidés à couler des jours paisibles.
Mais la vie en décide autrement et le couple découvre l’envers d’un décor dont ils n’avaient pas conscience. En proie à une sècheresse qui affecte alors tout le pays, les Vosges ont soif mais la multinationale Nestlé pompe toujours plus d’eau pour l’embouteiller et la vendre aux quatre coins de la planète sous la marque Vittel. Le couple tente alors d’enquêter pour évaluer l’ampleur des dégâts et se heurte à un mur du silence. Ce manque d’accès à l’information les heurte profondément tant ils se sont forgés la conviction qu’au même titre que l’air, l’eau est un bien commun qui ne saurait être privatisé.
Ils n’hésiteront pas à parler de « Nestléland » pour décrire ce territoire autour de Vittel mis en coupe réglée par l’industriel dans un silence assourdissant des pouvoirs publics.
« L’Eau qui mord », une encyclopédie sur les luttes pour l’eau
Renée-Lise Rothiot, avec son compagnon et le collectif Eau 88, se jette alors à corps perdu dans un combat pour l’eau qui l’occupera dix ans de sa vie. Un combat qu’ils gagneront : l’image de Nestlé et de sa marque Vittel, longtemps intouchables, est définitivement plombée par une série de scandales que les militants locaux ont largement contribué à faire émerger et à médiatiser. Pêle-mêle, on peut citer des forages illégaux, des décharges sauvages de plastique, des recours à des systèmes de purification interdits pour lutter contre la contamination des eaux pompées… Sans oublier des élus locaux nageant en plein conflits d’intérêts avec la multinationale.
Grâce à cette lutte de Renée-Lise et des siens, la principale question qui prévaut dorénavant à Vittel est de savoir quand Nestlé pliera définitivement bagages. Ils l’ont fait en Amérique du Nord en 2021, vendant pour 4,3 milliards de dollars leurs activités. Et tout montre qu’ils agiront de même en France à court/moyen terme.
Un réseau de Résistants de l’eau
Convaincue (à juste titre !) que l’union fait la force, Renée-Lise a, au fil des années et au gré des belles rencontres de la vie, su se constituer un réseau de Résistants de l’eau. Y figure en bonne place Edouard de Féligonde, propriétaire avec sa famille d’une pisciculture auvergnate asséchée par un pompage excessif de l’eau par le groupe Danone et par sa marque Volvic. Ou encore du collectif du Montalet composé de nombreux agriculteurs qui se sont levés contre Danone et sa marque d’eau en bouteilles La Salvetat.
Tout au long de son combat contre Nestlé, Renée-Lise Rothiot a pris le soin de constituer un trésor de guerre maintenant offert à tous : une encyclopédie des luttes de l’eau dans le monde au travers de son site internet « L’eau qui mord ». Sa page Facebook fourmille également d’informations.
A Sainte-Soline, contre la violence policière
Parmi les autres combats récents de Renée-Lise Rothiot, l’on peut citer celui de Sainte-Soline. Au printemps 2023, cette petite commune des Deux-Sèvres a été le théâtre de violents affrontements entre les forces de l’ordre et de nombreux militants écolos opposés aux mega-bassines. Les autorités avaient alors eu recours à des armes de guerre faisant 200 blessés dont 40 blessés très graves. Ce déchaînement de violences de l’Etat contre des citoyens avait profondément heurté la pacifiste convaincue qu’était Renée-Lise.
Elle avait également fait une incursion en politique aux côtés de LFI dont elle a été la candidate titulaire puis la suppléante à la députation en 2017 et 2022. Puis, comme l’explique sa famille, « son dernier combat aura été celui de la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et le colonialisme, en résistance à la fascisation en cours, qui comme beaucoup d’entre nous l’angoissait et la révoltait tant ».
Au moment des adieux, le mot de la fin revient à son compagnon de toujours, Bernard Schmitt : « le combat continue ».