La lutte contre les embouteilleurs d’eau minérale se durcit à Vittel (88) et à Volvic (63) avec l’arrivée de nouveaux militants, dont Les Soulèvements de la Terre. Le récent scandale des pratiques frauduleuses des minéraliers, notamment Nestlé, pour purifier leurs eaux parfois polluées, vient les conforter dans leur combat contre cette industrie.

Grève générale avec piquets de grève, intersyndicale unie comme jamais, battage médiatique intense. La rentrée de septembre a été particulièrement mouvementée à l’usine d’embouteillage de Vittel. Propriété du géant de l’agroalimentaire suisse Nestlé, l’usine traverse une bien mauvaise passe. En cause ? Une baisse significative des ventes causée par le départ de Vittel du marché allemand où les consommateurs sont moins friands d’eaux en bouteilles qu’ailleurs en Europe.

A cela ce sont ajoutés les « aléas climatiques » selon la terminologie de Nestlé qui ont contraint le groupe à suspendre l’activité de deux des six forages d’Hepar. Soit 60 % de l’eau se retrouvant dans les bouteilles d’Hepar et qui est embouteillée à Vittel. Résultat, en mai dernier, la direction de l’usine a annoncé la suppression de 171 postes d’ici la fin 2023. Soit un quart des 721 emplois de l’usine !

Une douche froide pour les salariés, les syndicats et la municipalité de Vittel qui n’ont jamais connus de licenciements secs en dépits de plans sociaux passés. Ainsi, en 2021, 135 emplois avaient déjà été supprimés mais avaient été gérés par des départs volontaires et des aménagements de fin de carrière.

« A terme, Nestlé se concentrera sur trois marques d’eau premium »

« L’annonce de ces licenciements a-t-elle été une surprise ? Non. Nous sommes convaincus qu’à terme Nestlé se concentrera sur ses trois marques d’eau premium, à savoir : Perrier, San Pellegrino et Acqua Panna. Et vendra tout le reste, à commencer par Vittel. C’est ce qu’ils ont fait au Canada et aux Etats-Unis où ils se sont séparés de toutes leurs marques d’eau embouteillée du jour au lendemain » affirme Bernard Schmitt, membre du Collectif Eau 88.

Pour ce militant écologiste aguerri, ce n’est pas un hasard si Nestlé a récemment investi plus de 17 millions d’euros dans son usine de Vittel. « Il faut la moderniser et l’automatiser davantage pour produire pareil avec moins de monde et pour la vendre à un meilleur prix le moment venu ».

En attendant et contre toute espérance, les syndicats sont parvenus une nouvelle fois à éviter des licenciements secs. Ainsi, le 8 novembre dernier, la CGT, la CFDT et la CFE-CGC de Nestlé Waters Vosges ont signé un accord conduisant à la suppression de 171 postes d’ici début 2025 sans départs contraints. Une victoire en demi-teinte car les emplois seront tout de même détruits à terme.

Les écolos tracent leur sillon

Les écolos, eux, continuent de tracer leur sillon. Comme un peu partout en France, Les Soulèvements de la Terre – dont le Conseil d’Etat a annulé le 9 novembre dernier la dissolution voulue par Gérald Darmanin – se sont implantés dans la région. « On a même deux collectifs locaux des Soulèvements de la Terre et j’espère qu’ils nous rejoindront bientôt sur la problématique de l’eau à Vittel » se réjouit Bernard Schmitt.

En attendant, leur arrivée dans la région n’est pas passée inaperçue. En septembre dernier, l’une des porte-paroles des Soulèvements, Léna Lazare, a été invitée à s’exprimer lors du festival international de géographie de Saint-Dié des Vosges avant d’être brusquement déprogrammée.

A l’instar des bouteilles qui sortent de l’usine française de Nestlé pour être vendues partout dans le monde, le combat contre Vittel s’exporte à l’étranger. En l’occurrence en Suisse où se situe le siège mondial de l’entreprise. Le 14 octobre dernier, le calme des bords du lac Léman a été troublé par 300 et quelques manifestants qui ont répondu à l’appel de la jeune parlementaire écologiste et anticapitaliste (si si cela existe en Suisse !) Mathilde Marandaz.

Tous ont convergé vers le siège de Nestlé, à Vevey, pour dénoncer les onze milliards de francs suisses de profits réalisés en vendant des eaux en bouteilles et en privatisant pour le besoin les ressources en eau au détriment des citoyens. Pour l’occasion la député française Mathilde Panot, qui préside le groupe LFI à l’Assemblée nationale et qui dénonce de longue date le vol de l’eau par les multinationales, a fait le déplacement.

Les Soulèvements des Volcans

Tout aussi contesté que le Suisse Nestlé, le groupe français Danone doit également faire face à une résurgence d’activisme contre son activité d’eau embouteillée à Volvic, en Auvergne. Largement médiatisé par Edouard de Féligonde, qui a vu sa pisciculture asséchée en raison de prélèvements en eau trop importants par le groupe Danone, cette cause a connu un apport important de sang neuf.

Comme à Vittel, Les Soulèvements de la Terre, connus sous le nom des Soulèvements des Volcans en Auvergne se sont implantés. Cela ne doit rien au hasard : d’importants projets de mégabassines, cheval de bataille n°1 des Soulèvements, existent dans la région.

Une autre de leur branche locale est le collectif « Volvic nous pompe » qui se focalise sur la marque d’eau embouteillée Volvic. Et sensibilise le grand public à la captation de ce bien commun qu’est l’eau par Danone, à des fins mercantiles.

Pour marquer les esprits, cet été, ils ont organisé la campagne « 100 jours pour les sécher » et ont égayé les routes auvergnates du Tour de France avec des pancartes en tissu « Danone eau voleur ». Et des slogans comme « Ils assèchent nos terres pour leurs profits ».

688 personnes manifestent contre Volvic et Danone !

Autre (bonne) surprise à Volvic, l’association Preva, réputée policée mais efficace, a organisé une grande manifestation anti-Danone à Riom le 30 septembre dernier avec l’association Marsat Nature et le soutien de l’UFC Que Choisir et de la Frane.

Selon Adrien Balvet, le secrétaire de Preva, « 688 personnes ont pris le départ de la manif ». Preva est d’autant plus satisfaite que l’évènement a été organisé en un record de temps. « L’idée est de montrer aux élus locaux trop tolérants envers Danone qu’ils ont maintenant du monde face à eux et qu’ils doivent se positionner sur la question du pompage de l’eau par cette entreprise. On a décidé de participer à tous les conseils municipaux de Volvic, Riom et de Chatel Guyon pour poser des questions sur l’accaparement de cette ressource collective. Après la manif qui a rassemblé du monde, on a eu zéro retours des élus. C’est le signe qu’il faut agir autrement pour faire bouger les choses » poursuit Adrien Balvet qui ne cache pas vouloir mettre la question Danone au cœur des prochaines élections municipales dans les villes concernées.

« Les précédents scrutins ont été serrés. Le maire de Volvic est passé à deux voix près. Celui de Riom à cinquante voix près. Nous, on est au minimum 500 personnes et dans la région tout le monde se sent concerné par la question de l’eau. Donc, oui, on peut peser » estime-t-il.

L’agitation qui s’est emparée de la région n’a pas échappé à la préfecture qui accorde les autorisations de pompage à Danone. La nouvelle sous-préfète arrivée en août dernier aurait ainsi glissé à un membre de l’association Préva avoir deux dossiers prioritaires : l’eau et les gens du voyage…

Des pratiques frauduleuses qui dupent les consommateurs

Les militants sur le terrain peuvent compter sur l’époque qui change. En l’espace d’un mois à peine, deux tuiles se sont abattues sur Nestlé et Volvic. Une pour chacun !

Nestlé tout d’abord. Le 30 janvier dernier, Le Monde et Radio France publient une véritable bombe pour tout le secteur des minéraliers en France : « pendant des années, des eaux vendues comme « de source » ou « minérales naturelles » ont subi des techniques de purification interdites ». Et « informé depuis 2021, le gouvernement a assoupli la réglementation dans la plus grande discrétion ». Pour permettre aux minéraliers de perpétuer leur exploitation intensive de la ressource en eau, il va de soi.

Sentant le vent du boulet médiatique arriver à grande vitesse, Nestlé Waters – « dont la totalité des marques sont concernées » – a préféré reconnaître ces pratiques illégales vingt-quatre heures avant la révélation du scoop par les deux médias.

Dans leur enquête commune, Le Monde et Radio France prennent le soin de préciser « qu’un tiers au moins des marques françaises sont concernées » par ces pratiques qui dupent les consommateurs. L’avenir ne manquera pas de dire si des marques du groupe Danone figurent sur la liste.

En attendant, Volvic croule sous… les problèmes de déchets ! Comme le rapporte le journal La Montagne, « alors que quelques 2000 tonnes de déchets avaient été découvertes dans l’impluvium sur des terrains appartenant à la Société des eaux de Volvic en mars 2022, d’autres viennent d’être mis au jour à proximité de la parcelle en cours de dépollution ». Un puits sans fond que ces déchets…

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